1975 : les premiers pas de la recherche sur les NDE avec Life After Life de Raymond Moody (partie 3)

Ce dernier volet de l’article en trois parties sur Life After Life va aborder les remarques ou critiques généralement adressées à Raymond Moody, ainsi que quelques pistes d’interprétation.

Questions et réponses

Life After Life inclut un chapitre regroupant, de façon très transparente, les principales objections faites vis-à-vis de ces phénomènes d’EMP, sous forme de questions/réponses.

Raymond Moody répond tout d’abord aux questions qui remettent en cause la réalité des phénomènes décrits. Du côté du chercheur, le Dr. Moody explique pourquoi il n’aurait eu aucun intérêt à inventer lui-même ces faits (ce serait la fin de sa carrière), ni à exagérer dans ses descriptions (notamment sur la fréquence de ces expériences : s’il ne peut pas tirer une loi statistique sur la prévalence de ces expériences, il a eu l’occasion de constater leur fréquence en en parlant autour de lui ou lors de ses conférences).

Du côté des patients, l’hypothèse d’une forte proportion de mensonges est également peu crédible : en effet, la convergence des témoignages semble démontrer la réalité d’un même phénomène. En outre, Raymond Moody, qui a personnellement collecté les témoignages de centaines de personnes, a été frappé par l’émotion des expérienceurs, parfois trente ans après l’expérience.

Certes, on pourrait imaginer également que certains patients aient, au cours du temps, enjolivé leur témoignage. Mais là encore, le Dr. Moody a plutôt constaté le phénomène inverse. D’une part, les témoignages juste après la NDE sont très proches de ceux exprimés plus tard, parfois des dizaines d’années après. D’autre part, c’est bien un phénomène de suppression, plutôt que d’embellissement, que Moody a constaté chez ses patients : la raison en réside, à son avis, dans la difficulté psychologique des patients à accepter de telles expériences, sans même parler de les raconter à des tierces personnes.

Enfin, se pose la question de l’impact du genre, de la religion, ou de la culture des expérienceurs. Sur les aspects culturels, le Dr. Moody estime que la non-représentativité de son échantillon d’expérienceurs est la raison principale qui empêche son étude d’être scientifiquement recevable. Sur les critères de genre, les hommes et les femmes témoignent des mêmes expériences, la seule différence résidant dans le fait que les hommes ont une plus grande réticence à raconter ces expériences. Sur la religion, le contenu des expériences ne diffère guère, quelle que soit la religion ou l’absence de religion des expérienceurs. Le seul impact de la culture religieuse est en effet l’identité présumée de l’« être de lumière » rencontré, même si le processus et la description de la rencontre sont extrêmement similaires d’une expérience à l’autre.

Enfin, la question de fond qui sous-tend ces différentes expériences est celle de la définition de la mort « réelle » : les expérienceurs étudiés étaient-ils tous vraiment morts ? Le Dr. Moody précise que ce qui constitue la mort est éminemment variable, de l’homme de la rue au médecin, d’un médecin à un autre, et d’un hôpital à un autre. Néanmoins, trois critères principaux sont généralement utilisés :

  1. La mort en tant qu’absence de signes vitaux décelables : pas d’activité cardiaque, pression artérielle très faible, température corporelle en-deçà d’un certain seuil, etc. Ces critères sont encore quotidiennement utilisés pour définir la mort clinique. Selon ce critère, la quasi-totalité des cas étudiés par Raymond Moody correspondent à une mort effective.
  2. La mort en tant qu’absence d’activité cérébrale : les progrès technologiques permettent de monitorer l’activité du cerveau avec un électroencéphalogramme (EEG). Pour plusieurs raisons, le Dr. Moody estime que ce test ne permettrait pas d’apporter une réponse décisive à la mort des expérienceurs. D’une part, parce que la nature d’urgence extrême de la situation peut amener à des erreurs de mesure ou de connexion de l’appareillage. D’autre part, parce que même un EEG plat ne perte pas de déterminer si la réanimation est possible. Enfin, parce qu’il serait toujours possible de prétendre que l’EMP a eu lieu avant ou après le moment où l’EEG était plat. Ce critère ne semble donc pas plus déterminant que ceux de l’absence d’activité vitale.
  3. La mort en tant que perte irréversible des fonctions vitales : le fait qu’un patient soit réanimé voudrait alors dire qu’il n’a jamais été mort.

Pour Raymond Moody, c’est cette dernière définition qui est la plus juste : pour que le corps puisse être réanimé, il fallait qu’un minimum d’activité biologique résiduelle soit à l’œuvre, même en l’absence de signe manifeste. Du coup, il existerait un point de non-retour, potentiellement variable au cours du temps, ainsi que d’un individu à l’autre. Mais rien ne permet d’inférer que ce point de non-retour corresponde à une séparation définitive de ce que l’on convient d’appeler l’esprit et le corps. Ceci étant, il est certain que les patients étudiés par le Dr. Moody ont approché ce point de plus près que la grande majorité des individus, et rien que pour cela, leurs témoignages méritent d’être entendus.

Explications

Outre les explications surnaturelles des EMP, existe-t-il des explications scientifiques à ces phénomènes ? Trois pistes sont possibles : celle de la pharmacologie, de la physiologie, et de la neurologie.

Pour la piste pharmacologique, il est évident que de nombreux médicaments utilisés en bloc opératoire (kétamine et autres anesthésiants dissociants) sont susceptibles de provoquer des expériences proches de celles de l’EMP ; néanmoins, plusieurs différences subsistent. D’un part, la sensation de vivre une expérience réelle, ce qui n’est pas le cas des hallucinations provoquées par les anesthésiants. D’autre part, l’hallucination pharmacologique ne génère pas de conséquence durable sur le patient, contrairement à l’EMP. Enfin et surtout, de nombreux cas d’EMP ont eu lieu sans qu’aucun médicament dissociant n’ait été donné au patient.

Pour la piste physiologique, l’hypothèse serait que les phénomènes perçus correspondent à un état de choc, générant une sorte de sursaut compensatoire de la conscience qui s’éteint, suite à la coupure de l’alimentation du cerveau en oxygène. Là encore, de nombreuses EMP ont eu lieu en dehors de tout état de choc, et cette hypothèse est donc peu vraisemblable.

L’approche neurologique postule un dysfonctionnement temporaire du cerveau, dont certaines manifestations documentées peuvent ressembler à des types d’expériences vécues pendant des EMP : vision extérieure de soi-même, ou bilan de vie passant par une succession de mémoires d’expériences vécues. Néanmoins, là encore, que ce soit dans le cas des images-souvenirs ou des hallucinations autoscopiques, les phénomènes liés aux dysfonctionnements du cerveau témoignent de différences intrinsèques qui permettent d’éliminer cette explication.

Enfin, on peut imaginer de nombreuses explications psychologiques aux EMP. Raymond Moody en analyse deux : les effets de l’isolement et les hallucinations ou aberrations. En ce qui concerne les effets de l’isolement, il a été constaté des manifestations qui peuvent se rapprocher, de façon plus ou moins comparable, de certains critères des EMP ; néanmoins, on ne sait pas plus les expliquer que les EMP, et cette explication n’en serait pas une, car elle consiste simplement à remplacer un mystère par un autre. Pour les hallucinations, plusieurs facteurs s’élèvent à l’encontre de cette thèse : la similitude des EMP relatées, le fait que les patients ne présentaient pas, ni avant ni après l’EMP, de symptômes de type psychotique, et la confirmation d’informations acquises pendant l’EMP par confrontation avec des témoignages indépendants (paroles prononcées, détails vus pendant l’EMP, etc.)

En conclusion

Le Dr. Moody a été, et demeure à ce jour, un précurseur de la recherche sur ce thème. On peut noter que les quelques réticences qu’il a par la suite exprimées vis-à-vis de ce travail l’ont été sur l’interprétation ou la communication qui ont pu être faites sur ses ouvrages, que ce soit par des journalistes ou ses propres éditeurs. Lui-même, dans Life After Life, n’a cessé d’insister sur le fait que la vie après la mort n’était pas démontrée et ne le serait peut-être jamais. Cependant, il a ouvert la voie à de nombreux autres chercheurs, et l’on ne peut que souhaiter que ces recherches continuent avec le même mélange d’ouverture d’esprit et d’exigence scientifique.

Pour en savoir plus                                                                                                          

Life After Life sur Amazon.

Le site lifeafterlife.com.

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