1975 : les premiers pas de la recherche sur les NDE avec Raymond Moody (partie 2)

Dans la première partie de cet article en trois volets, nous avons rappelé qui était le Dr. Moody, auteur en 1975 du premier ouvrage de référence sur les expériences de mort provisoire, où il définit une typologie de ces expériences. Nous allons maintenant nous intéresser aux caractéristiques communes aux expériences de mort provisoire qu’il a étudiées.

Les quinze caractéristiques des NDE

Raymond Moody parvient en effet à exhiber quinze traits communs aux différentes expériences. Chaque expérience ne passe généralement pas par les quinze étapes, et toutes ne sont pas dans un ordre prédéfini ; mais ces quinze étapes constituent finalement les critères qui permettent de dessiner un modèle théorique de NDE. Ces étapes sont les suivantes (les citations en italiques proviennent de patients interrogés par le Dr. Moody) :

  1. L’incommunicabilité : les mots adaptés à notre réalité ne permettent que très partiellement de décrire cette expérience : « bien sûr, le monde dans lequel nous vivons maintenant est tridimensionnel, mais l’autre monde, pas du tout. C’est pour cela que j’ai tant de mal à vous expliquer ».
  2. L’audition du verdict : les patients entendent clairement le médecin ou une autre personne annoncer leur mort clinique : « je me trouvais dans une obscurité complète, et à travers cette obscurité j’entendis mon mari, comme s’il était très loin, s’écrier : « cette fois c’est fini ! « 
  3. Un sentiment de calme et de paix, d’autant plus prégnant qu’il fait suite à des souffrances physiques ou psychologiques parfois intenses : « tout ce que je ressentais était une douce chaleur et un immense bien-être, tel que je n’en avais jamais éprouvé auparavant ».
  4. Des sensations auditives, allant d’une sorte de vrombissement (« ce bruit de sonnerie, du genre brrrrnnnng-brrrrnnnng-brrrrnnnng, très rythmé ») à une musique décrite comme « très belle, très majestueuse ».
  5. Un tunnel obscur, traversé très rapidement conjointement à l’audition des bruits : « je m’en allai à travers ce grand vide noir à une vitesse folle ».
  6. La décorporation, qui se caractérise par un sentiment que la conscience n’est plus localisée dans le corps : « tout en demeurant stable à un niveau donné, j’apercevais mon corps qui montait et descendait dans l’eau. Je voyais mon corps de dos et légèrement sur ma droite ».
  7. Le contact avec d’autres entités spirituelles, dont le rôle semble être de faciliter le passage vers la mort ou, à l’inverse, de leur signaler qu’il était temps pour l’expérienceur de regagner son corps physique : « c’est à ce moment que je me suis aperçue de la présence d’un tas de monde, presque une foule, planant à la hauteur du plafond de ma chambre ».
  8. L’être de lumière : une rencontre avec une lumière très brillante dont émane une personnalité clairement définie. Son identification est très liée à la culture religieuse ou spirituelle de l’expérienceur, qui peut le définir a minima comme un être de lumière, ou de façon précise comme le Christ. Cet être interagit avec l’expérienceur, en lui demandant s’il est prêt à mourir et quel bilan il tire de sa vie : « la première chose qu’il m’a dite était qu’il me demandait si j’étais prête à mourir, ou si j’avais accompli quelques chose dans ma vie que j’aimerais lui montrer ».
  9. Le panorama de la vie : l’expérienceur accède à une vue panoramique de sa vie passée, très brève en termes de durée mais extrêmement vivante et réaliste : « aussitôt les retours en arrière ont commencé. Je me demandais ce qui m’arrivait, parce que tout d’un coup je me retrouvais toute petite, et à partir de là, je me suis mise à avancer à travers les premiers temps de mon existence, année par année, jusqu’au moment présent ».
  10. La frontière ou la limite : certaines personnes rapportent l’expérience d’une frontière, formalisée selon les cas par une étendue d’eau, un brouillard ou une porte : « devant moi, au loin, il y avait un brouillard grisâtre vers lequel je me hâtais, mais il me semblait que je n’y arriverais jamais assez vite à mon gré ».
  11. Le retour : très peu de personnes ont un souvenir de leur « réincorporation ». A un moment, la personne accepte de revenir, généralement parce que des enfants ou des proches ont besoin d’elle : « tant que j’avais ressenti cette délicieuse impression de bonheur auprès de la lumière, je n’avais vraiment aucune envie de m’en retourner. Mais je prends toujours mes responsabilités à coeur, et je me sentais un devoir envers les miens ; alors j’ai pris la décision de revenir ».
  12. Le problème du témoignage : les personnes n’ont aucun doute sur la réalité de ce qu’elles ont vécu, et distinguent parfaitement leur NDE de toute expérience non réelle comme peuvent l’être un rêve ou une hallucination. Cependant, elles évitent d’en parler, sauf à quelques intimes, car la société n’est pas du tout disposée à entendre de tels récits : « si cela ne m’était pas arrivé à moi-même et que quelqu’un d’autre était venu me raconter cette histoire, je me serais probablement demandé quel genre de blague on voulait me faire. Le monde d’aujourd’hui est comme ça ».
  13. Les répercussions sur la conduite de sa vie : aucune personne ne s’est lancée dans le prosélytisme suite à cette expérience. Au contraire, les expérienceurs ont tendance à la garder pour eux. Cependant, cette expérience modifie profondément leur façon de penser leur vie : souvent, ils s’intéressent aux questions philosophiques fondamentales, s’interrogent sur le sens de leurs actions, et deviennent moins matérialistes : « c’est l’esprit qui est devenu pour moi la partie la plus essentielle de moi-même, au lieu de la forme de mon corps ». Certains deviennent plus intuitifs dans leur vie quotidienne. De façon unanime, tous mettent l’accent sur l’importance de l’amour de son prochain dans cette vie, ainsi que sur la nécessité d’accroître ses connaissances, quelles qu’elles soient.
  14. Les nouvelles perspectives sur la mort : la peur de la mort disparaît suite à ces expériences, car le sujet n’a plus aucun doute sur sa survie en dehors de son enveloppe corporelle. Pour autant, il souhaite vivre aussi longtemps que nécessaire afin de remplir un certain nombre de tâches dans le monde physique : « je ne suis pourtant pas du tout pressé de m’en aller là-bas ; j’estime qu’il me reste beaucoup à faire de ce côté-ci ».
  15. Les confirmations : généralement, les personnes mortes sur la table d’opération peuvent corroborer leur expérience en relatant très précisément ce qui s’est passé au moment où elles étaient en état de mort clinique, que ce soit dans la salle où elles sont traitées, en décrivant les procédures médicales, ou bien dans une pièce voisine : « j’ai dit à mon père quel était celui qui avait traîné mon corps en dehors de l’immeuble, et même de quelle couleur étaient ses vêtements, comment on m’a tiré de là, et tout ce qui s’était dit autour de moi. Et mon père a reconnu : « oui, tout cela est exact ». Pourtant mon corps était parfaitement sans connaissance pendant tout ce temps, et il était impossible que j’aie pu voir et entendre tout ça ». Raymond Moody insiste néanmoins sur le fait que ces confirmations, si elles sont pleines de sens pour les expérienceurs et leurs proches, ne sauraient constituer des preuves au sens scientifique du terme.

Il convient de noter que ces divers éléments ont par la suite été utilisés par des chercheurs comme Kenneth Ring ou Bruce Greyson pour créer des indices (comme WCEI pour Weighted core experience index) permettant d’évaluer la fiabilité et la profondeur des expériences relatées par les patients, et sont donc toujours d’actualité aujourd’hui.

A suivre

La troisième partie de cet article abordera les critiques ou remarques généralement faites à cette étude du Dr. Moody, ainsi que quelques pistes d’interprétation.

Pour en savoir plus                                                                                                          

L’article Wikipedia sur les expériences de mort provisoire (encore dénommées expériences de mort imminente).

 

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